Voici un toponyme, Nihriya, qu’on retrouve dans la plupart des archives antiques : celles des marchands assyriens de Kanès, celles de Hattusa, celles de Mari, celles du Tell Leilan, celles d’Ougarit et dans les textes néo-assyriens.
De nombreux chercheurs se sont demandés, de façon tout à fait justifiée, s’il ne fallait pas confondre ce toponyme avec celui de Nairi, qui évoque plutôt un pays, notamment dans les archives néo-assyriennes.
D’après les tablettes de Kultépé, Nihriya, au début du 2e millénaire avant notre ère, était sur le chemin entre Assur et Kanès. Toutefois, dans ce blog, un doute est exprimé vis à vis de Nahariya. Deux anciennes cités ayant des désignations très proches sont probablement mentionnées.
XIV77 des archives de Mari situe Nihriya dans le Zalmaqum, qui comprenait également les villes d’Irrite et de Harran car toutes les trois étaient sous la coupe d’un dénommé Bûnû-ma-Addu. I19+ évoque un déplacement de troupes de Nihriya à Sudâ pouvant être interprété comme étant un mouvement vers le Yapturum.
Dans les archives du Tell Leilan, cette ville est appelée Nihru, qui est vraiment proche dans sa prononciation à la fois de Nihriya et de Nairi. Elle apparaît héberger des ennemis du Nord.
Les archives de Hattusa confirment le positionnement géographique de Nihriya non loin de Sura. Car une célèbre bataille entre les Hittites et les Assyriens, vers le 13e siècle avant notre ère, a eu lieu entre ces deux cités. Les Hittites avaient à leur tête Tuthaliya IV et les Assyriens Tukulti-Ninurta.
D’après les archives de Mari, Nihriya était non loin de Der : A.2500+ évoque la fuite de cinq esclaves de Der vers Nihriya et Zulluhan, dans le Zalmaqum. Ce qui montre une certaine proximité, confirmée par les textes A.295 et M.14337 qui racontent que le scheick d’Arduwan du Zalmaqum est venu à Der rapporter des propos contre Bunu-ma-Addu, roi de Nihriya, alors que le responsable de Der avait placé trois témoins derrière une porte.
Mais ce qui positionne Nihriya à Kazane Höyük est surtout :
- La probable évolution de la prononciation de ce toponyme en Mahirani durant la période néo-assyrienne. Dans les annales d’Adad-Nirari II se trouve la phrase suivante : « Il a razzié du pays de Mahirani jusqu’à la ville de Shuppa, qui est dans le pays de Harran ». Shuppa est ici la Zalpah de l’âge du bronze, et Mahirani ne peut être que Nihriya.
- Le fait que Kazane Höyük soit dans le périmètre de la ville moderne d’Ourfa, ancienne Urhai.
En fait, la première voyelle ne devait presque pas être prononcée : ce qui rend probable une évolution finale, vers la fin de l’âge du fer en Urhai.
A partir de 1992, une équipe d’archéologues de l’université de Virgina, sous la direction de Patricia Wattenmaker, a fouillé le site de Kazane Höyük.
Le site a été occupé depuis le Néolithique. Sa taille maximum de 100 hectares a été atteinte vers le milieu du 3e millénaire avant J-C alors que la ville était fortifiée. Cette occupation s’est prolongée sur le 2e millénaire.
3 tablettes ont été trouvées de manière fortuite dans les alentours du site. Isme-Dagan a été lu sur une d’entre elles, datant celle-ci de l’époque de Mari. Mais aucun élément d’identification n’y est présent.
https://arch.library.northwestern.edu/concern/generic_works/np1939339
Dans « The Kingdom of the Hittites », Trevor Bryce considère que Nairi des sources néo-assyriennes est équivalent à Nihriya des sources mésopotamiennes, Hittites et d’Urartu. Ce qui n’est pas à exclure compte-tenu de la localisation de ce site à l’entrée d’une vallée qui permettait l’accès vers le Nord, l’amont de l’Euphrate et les sources du Tigre, c’est-à-dire l’ancien pays de Nairi.
Mes notes de vraisemblance :
Nihriya était située à Kazane Höyük: 3,5/5


13 avril 2021
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