Une description géographique de l’Empire d’Akkad

En 1920, Schroeder a publié, sous le numéro 92, un texte de description géographique dans « Keilschrifttexte aus Assur verschiedenen Inhalts ». En 1925, W.F. Albright en a fait une traduction dans « A Babylonian geographical treatise on Sargon of Akkad’s Empire ».
Ce texte est probablement une recopie, de l’époque Babylonienne, d’un manuscrit plus ancien, avec sans doute des erreurs de réinterprétation.

Essai de localisation des pays de l'Empire d'Akkad

Essai de localisation des pays de l’Empire d’Akkad

Ci-dessous se trouve la traduction brute – sans tenir compte des ajustements de W.F. Albright dans sa traduction finale – à laquelle ont été ajoutées quelques commentaires et, entre parenthèses, les dénominations de ce blog, avec un lien permettant d’afficher l’article correspondant :
« […] et le pays de Riduni, qui borde Meluhha, […] le pays de la montagne de Cèdres, celui des neufs rois Hanu (Hanéens) (1).
De […] à Anzan (Azuhinum) (2), le pays de Subartu (pays du Subartu)
[…] amenant leur tribut, transportant leurs cadeaux à Sargon ;
Pour Sargon, le roi du monde, apportez vos contributions, apportez-les !
De […] sur les rives de la rivière Euphrate à Zubru (Suprum), le pays de Mari (Mari).
De Zubru (Suprum) à Yabussê (3), le pays de Rapiqu (Rapiqum).
De […] à Maskan-sarri, le pays d’Assur (Assur).
La route de la rivière Tigre et la rivière Euphrate
De […] à Lubdu (Lulubum), le pays d’Arrapha (Arrapha).
La route des rivières du Grand et Petit Zab.
De Uruna à Sinu (Suna) (4), le pays des Lullubi (pays des Lulubi).
De Sinu (Suna) (4) à […] le pays d’Armani (Mammagira) (5).
De […]izat à Abul-Adad (Adallaya), le pays d’Akkad (Akkad),
De Abul-Adad (Adallaya) à Hallab (6), le pays du Gutium.
De Hallab (6), à […]miluni, le pays de Niqqu.
De Surbu à Ibrat (7), le pays de Der (Der d’Istaran).
D’Ibrat (7) à […]pa(hat)tum, le pays de Lagash (Lagash).
[…]
De […] à la Mer, les hommes de […]umta.
De Pa[…] to Mangisu (Mankisum), le pays d’ERIM (8).
De Hisat (9) à Sippar (Sippar), le pays d’Akkad (10).
De Tirqan du Gutium à Uzarilulu (Uzaralulu), le pays d’Edamarus.
D’Uzarilulu (Uzaralulu) à Bit-Sin, le pays de Mari (11).
De Bit-Sin à Maskan-Sabri (Mashkan-shapir), le pays de Malgi (Malgium).
De Bit-Sarrukin (12) to Mê[…], le pays d’Emutbal (pays de Yamutbal),
De Bit-hubba à Rahabut, le pays de […].
De Bit-GAB-GAL à Eriyaba, le pays de […].
De Durgu à la rivière KUR-RA, le pays de Mutiabal.
D’Abul-surrikki (Shuruppak) à Dimtu, le pays de Sumer (Sumer).
120 doubles heures du barrage de l’Euphrate à la frontière du pays de Meluhha (Meluhha), le pays d’Amurru, qui borde Mari (Mari).
Que Sargon, roi du monde, quand la terre aussi loin que l’horizon du ciel, il a submergé.
[…]
40 doubles heures – c’est l’étendue du pays de Parashi (Barashi) (13).
60 doubles heures – c’est l’étendue du pays de Tukrish (pays des Turukkéens).
90 doubles heures – c’est l’étendue du pays d’Elam (pays d’Elam).
180 doubles heures – c’est l’étendue du pays d’Akkad.
120 doubles heures – c’est l’étendue du pays de Subartu (Pays du Subartu)
120 doubles heures – c’est l’étendue du pays de Halsu (14) de Labnanu (Lapana) à Turukki (Tarsa).
90 doubles heures – c’est l’étendue du pays des Lullubi (pays des Lulubi).
90 doubles heures – c’est l’étendue du pays d’Anzan (Anzan).
Le pays du Plomb, Kaptara (Crète), s’étend au-delà de la Mer Supérieure.
Tilmun (Dilmun), Maganna, sont des pays au-delà de la Mer Inférieure.
Et les pays du lever au coucher du soleil.
Que Sargon, le roi du Monde, a conquis dans sa troisième année.
D’Anzan (Anzan) à […]ri, AMAR[…], AMR-SA-TAK
De […]lab à […], Lullubi (pays des Lulubi) , […]
Baza (15), […] et le pays d’Uduni qui borde Meluhha (Meluhha). »

Remarques :
(1) : Dans cette introduction, il est probable, de la même façon que qui est observé dans d’autres textes mésopotamiens, que soit décrite l’étendue globale du territoire d’Akkad, en citant ses deux extrêmes. W.F. Albright a considéré que Ruduni de l’introduction est l’Uduni de la conclusion.
(2) : W.F. Albright, de façon justifiée, a été surpris par ce positionnement du Subartu, vers la ville située très au sud du pays d’Elam. Dans ce blog, il est considéré que ce toponyme est plutôt « Azuhinum », mentionné dans un nom d’année de Naram-Sin.
(3) : Yabusum apparaît dans un texte de Sumsu-iluna listant six forteresses qui tombaient en ruine à son époque et qu’il a restauré. Il se peut que ce soit le toponyme « Asusi » de la 6e campagne de Tukulti-Ninurta II.
(4) : Suna est l’ancienne cité qui correspond, phonétiquement, le mieux. Cela montre une étendue, à cette époque, du pays des Lullubi vers l’Ouest, qui se trouve justifiée par l’existence d’une ville appelée Lilabsinum vers Nagar et aussi par le fait qu’il y a eu, effectivement, une guerre entre Akkad et le pays des Lulubi. Ce serait ainsi la principale différence avec la même géographie 500 ans plus tard.
(5) : W.F. Albright a ici considéré qu’il s’agissait d’une mauvaise écriture d’Alman, vers l’orient. Mais plusieurs autres textes de l’époque d’Akkad évoquent bien un toponyme « Armani » vers l’amont de l’Euphrate. Ce pays d’Armani était le plus à l’ouest de l’Empire d’Akkad : c’est ce dernier qui bordait la forêt de cèdres.
(6) : Bien évidement cet Hallab ne peut pas être celui de Syrie. W.F. Albright a émis l’hypothèse d’une mauvaise écriture de Kullaba. Mais ici, il est plutôt considéré qu’il s’agit de Hamadanum, Bit-Hamban de l’époque néo-assyrienne ;
(7) : Ibrat : Une ville située entre la Mésopotamie et le pays d’Elam, mentionnée avec d’autres cités de la même région dans les annales de Sennacherib et d’Assurbanipal
(8) : ERIM : Sumérogram signifiant « Armée ». Il s’agit probablement d’un nom de pays provenant de la ville d’Urum.
(9) : Hizzat est sur l’itinéraire d’Urbana, le long du Tigre, en amont de Mankisum,
(10) : Compte-tenu de la distance, réduite, entre ces deux villes, ici ce ne peut être que la largeur du pays d’Akkad. Une ligne plus en avant évoque aussi Akkad, dans ce blog il est supposé que la première ligne représente sa longueur sud-nord, sans certitude.
(11) : W.F. Albrigh, s’appuyant sur une identification de Forrer, considère qu’il s’agit ici de l’Assyrienne Marê au Tell Abu-mariyeh. Il est plus probable qu’il y ait eu une erreur de transcription et que cette dénomination soit plutôt Warum, c’est-à-dire ce qui deviendra le pays d’Eshnunna.
(12) : Cette curieuse dénomination, qui ne se retrouve pas ailleurs, fait penser à un camp d’Akkad, tel que Maskan-ili Akkad.
(13) : A priori, les descriptions qui précèdent semblent concerner les provinces de l’Empire. Pour ce qui est des étendues en doubles heures, il faut noter que certains pays, comme ceux de Halsu et de Kaptara, sont probablement en dehors.
(14) : Ce toponyme Halsu correspond probablement à celui d’Alzi des textes médio-assyriens, c’est à dire « Ullisum » dont les fouilles récentes ont abouti à l’exhumation de nouvelles tablettes. Ce peut aussi être « Alse » ou « Alshe » des textes hittites, à mettre en relation avec les neufs rois Hanu du début du texte.
(15) : La conclusion semble être identique à l’introduction, c’est-à-dire qu’elle montre l’étendue de l’Empire en mentionnant ses deux extrémités. Et donc Melluha est au sud-est alors que cette ville de Baza, ici considérée comme étant le toponyme Baz, est située à l’extrémité nord-ouest du territoire.

 

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