Voici une désignation qui concerne surtout un territoire géographique et non un pays ou État. En effet, dans les archives de Mari, cette expression « Akh Purattim » signifie « Les Bords de l’Euphrate ». Un millénaire plus tard, c’est le mot « Laqé » ou « Laké » qui désigne les mêmes lieux dans les archives néo-assyriennes. Et on doit en déduire que « Laqé » est une déformation de « Akh ».
C’est la 6éme campagne de Tukulti-Ninurta II qui, en qualifiant les rois locaux de « Laquéens », nous indique que les villes suivantes sont du pays de Laqé :
- Akarbani, Hurban des archives de Mari ;
- Supri, Suprum des archives de Mari ;
- Arbate ;
- Sirqi, Terqa de l’âge du bronze ;
- Suri de Hadippi ;
- Dur-Katlimmu.
D’autres annales de rois néo-assyriens, notamment celles d’Adad-nirari et Assurnasirpal II reprennent ce même nom de région, en notant, toutefois, que Hindanu y est en dehors. Cette dernière cité n’est ni dans Laqé, ni dans le Suhu, Ce qui lui confère un rôle de frontière, probablement depuis l’âge du bronze, au sud-est. De l’autre côté, au nord-ouest, c’est le Jebel Bishri et le Lasqum qui ont constitué la limite. Mais, notamment lors des premières années de Zimri-Lim, « Akh Purattim » semble avoir signifié un espace plus large, englobant les rives de la rivière en amont et parfois en aval.
La région de Mari se caractérisait par la présence de canaux importants utilisés à la fois pour faciliter les déplacements par bateaux et pour l’irrigation.
Le mieux documenté est le canal Isim-Yahdun-Lim, notamment dans « Documents épistolaires du Palais de Mari », tome II de Jean-Marie Durand.
Voici « XIII 117+ » qui donne une première étendue de ce canal : « […] J’ai épuisé toutes les eaux du canal Isim-Yahdun-Lim pour le district d’amont me disant : « Avant que les champs des campagnes de Terqa soient irrigués, maintenant qu’il y a de l’eau à disposition, if faut que le district amont boive, afin que par la suite il n’y ait pas de motif de protestation ! » Depuis Zibnatum jusqu’à Sanipatum (étendue sud-nord), ce district a bu pour la totalité des champs de ses campagnes. […] »
Ce premier canal s’étendait donc à minima de Sanipatum à Terqa dans le sens du courant : Et la géographie du cours de l’Euphrate montre qu’il n’est pas possible qu’il ait débuté en amont de Halabiyah (Jebel Bishri), où l’Euphrate coule dans une vallée encaissée. Par ailleurs, il est probable qu’il n’y ait eu plusieurs alimentations en eau sur toute la longueur de ce canal. Par exemple, une discontinuité semble avoir existé au niveau de Deir ez-Zor et une autre vers Ya’il.
Les archives de Mari (lien) évoquent aussi d’autres canaux :
- Le Hubur, que nous localisons vers les sources du Balih et du Habur ;
- De nombreux canaux autour du Habur, dont un qui devait se prolonger sur la rive gauche de l’Euphrate en face de l’ancienne Terqa jusqu’à Suprum ;
- Un canal dit « de Mari », très incertain, qui est probablement une autre désignation de celui ci-dessus.
Les cités les moins bien localisées sont celles en proximité de Mari : ce qui est somme toute logique, la transmission des informations entre la capitale et ces cités voisines ne devait pas se faire par la rédaction d’une tablette.
Cependant, dans « Mémoires de NABU 1 », un article de Dominique Charpin intitulé « Le rachat du terroir de Puzurran au roi d’Esnunna par le roi de Mari Yahdun-Lim » évoque les localités qui lui semblent les plus proches de Mari. Pour cela il s’appuie sur deux documents administratifs inédits datant de l’époque du règne de Yahdun-Lim qui sont des listes de villes (associées à des quantités, comme beaucoup d’autres tablettes plus anciennes) avec : Zurmahhum, Appân, Humsan, Sehrum, Urbat, Bab-nahlim, Dîr, Urah, Sakkâ, Puzurrân, Tizrah, Iddissûm, Subâtum, Rabbân, Yarikîtum.
Si Urbat et Sakka nous apparaissent effectivement vers la célèbre ville, d’autres sont, dans ce blog, localisées le long du Haut Balih. Dans « Letters to the King of Mari » Wolfgang Heimpel évoque les relations de Zimri-Lim avec les Yamina (Benjaminites) et il concède que cette tribu avait un fief vers le Haut Balih grâce à l’aide du roi de Harran et des rois du pays de Zalmaqum. Ils étaient aussi très bien implantés le long de l’Euphrate jusqu’à Mari, en rive gauche. Des révoltes de Yamina sont documentés à Mislan, Samanum et Raqqum l’année II de Zimri-Lim.
Un nom d’année de règne de Yahdun-Lim est « L’année où Yahdun-Lim se saisi de Zalpah et mit le feu aux greniers d’Abattum ».
En conclusion, nous considérons que ce roi de Mari, Yahdun-Lim, à un moment de son règne, disposait d’un territoire comprenant une bonne partie de la vallée du Balih et celle de l’Euphrate de l’embouchure du Balih jusqu’à Mari. Les listes évoquées plus amont ne sont aucunement significatives géographiquement. Il s’agit probablement de listes de denrées, le Haut Balih était un territoire très agricole.
Nous ne souscrivons pas à la présence dans la région de Mari d’une petite rivière appelée Balih, ni d’un canal appelé Hubur.
Nous préférons nous appuyer sur les listes de champs lorsque l’étendue géographique de ces derniers est précisée.


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