Masuwari, Musri : l’Égypte jusqu’au sud-ouest de Karkémis

En Syrie, les fouilles du Tell Ahmar ont permis de dégager plusieurs stèles de rois de Masuwari. Aussi, des chercheurs considèrent que le Tell Ahmar, Til-Barsib, devenue Kar-Salmanazar après la conquête néo-assyrienne, vers le 9e siècle avant J.-C., avait un troisième nom pour les Hittites : Masuwari.

D’après les archives d’Hattusa du Nouvel Empire, le traité CTH 50 a donné la ville de Murmuriga au fils de Suppiluliama installé à Karkémis. Murmuriga, Gadumas, Sipri, Mazuwati et Surun étaient les cités fortifiées du pays de Karkémis, toutes situées à l’ouest de l’Euphrate. Aussi, il était majoritairement admis que Mazuwati et Masuwari était une seule et même ville au Tell Ahmar.
Mais, sur un marché d’antiquité d’Israël, une stèle de provenance inconnue mentionne un roi de Masuwari, Hamiyatas inaugurant une nouvelle ville à Haruha. Cela montre que le pays de ces souverains comprenait plusieurs cités situées à l’est de l’Euphrate. Aussi, il se peut qu’il fût relativement étendu.

Cet élément donne un argument supplémentaire à ceux qui considèrent que « Masuwari » se retrouve dans les textes néo-assyriens sous la dénomination « Musri ». Ce nom est celui de l’Égypte en Akkadien.
Dans « A New Luwian Stele and the Cult of the Storm-god at Til Barsib-Masuwar », Guy Bunnens, J. David Hawkins et Isabelle Leirens développent cette hypothèse et soulignent que dans le texte de l’obélisque cassé de Assur-Bel-Kala il est fait mention d’un don d’une femelle singe et d’un crocodile par un roi de Musri. Et c’est probablement vers ce règne de Teglath-Phalasar I qu’il faut situer un texte Assyrien se référant à une livraison de métaux : « du métal pour 50 haches a été vendu aux habitants de Musri, il a été livré au pays de Musri lorsque le roi est allé à la ville d’Araziqi ».

Voici, extrait de « Assyrian and Babylonian Literature » de Robert Francis Harper, le texte de Teglath-Phalasar I qui, vers 1100 avant notre ère, est allé batailler vers ce pays dont la capitale était Kibshuna, qui semble être une appellation de la fin de l’âge du bronze de la ville d’Apsuna :
« Quand Assur, mon seigneur, m’a envoyé conquérir le pays de Musri, j’ai pris la route qui mène entre les montagnes Elamuni, Tala et Harusa, j’ai conquis tout le pays de Musri. J’ai maîtrisé leurs guerriers et brûlé leurs villes. J’ai combattu sur les montagnes les troupes des Kumanéens qui étaient venues en aide au pays de Musri. Je les ai conduits et enfermés dans une ville, à savoir Arini au pied du Mont Aisa. Ils ont embrassé mes pieds dans la peur et le tremblement. J’ai épargné cette ville, j’ai exigé des otages parmi les habitants otages, et je les ai taxés.
A cette époque, tous les Kumanéens qui s’étaient ralliés au soutien de Musri avaient rassemblé les troupes et pris position pour me livrer bataille. Avec l’aide de mes armes puissantes, j’ai combattu sur le mont Tala vingt mille de leurs nombreuses troupes et je les ai défaits. J’ai dispersé leurs grands et nombreux bataillons, et je les ai poursuivis dans leur défaite jusqu’au mont Harusa sur le côté oriental de Musri. J’ai dispersé les corps de leurs guerriers sur les sommets des montagnes comme le flot de l’eau, et a fait couler leur sang dans les ravins et hauts lieux des montagnes. J’ai pris d’assaut leurs grandes villes, je les ai détruites, dévastées et brûlées de sorte qu’elles sont devenues des monticules et des terres arables ; et j’ai ruiné Hunusa, leur forteresse, de sorte que maintenant cela ressemble à un tas de déchets.
[...]
Avec le soutien d’Assur, mon seigneur, j’ai rassemblé mes chars et mes troupes, et assiégé Kibshuna leur capitale. Les Kumanéens qui m’ont craint
ont embrassé mes pieds, et j’ai épargné leur vie. Je leur ai ordonné d’abattre les grandes murailles de leurs villes ainsi que les tours construites en brique. Ils les ont détruits de leurs fondations à leurs toits. »

150 ans avant Teglath-Phalasar I, Salmanazar I indique lui aussi avoir soumis le pays de Musri / Egypte, avec la ville d’Arinu.

Aussi, cette dénomination, Musri / Egypte semble plutôt être assyrienne à la fin de l’Empire Médio-Assyrien. Mais elle est aussi présente sur les stèles araméennes de Sfiré. Les noms de pays restent longtemps dans la mémoire des hommes. Par exemple « le pays de Mari » a subsisté au moins 500 ans après la destruction de la ville.

Les textes des différentes stèles de rois de Musuwari font apparaître quelques villes de ce territoire : Haruha donc mais aussi Lipapan, Hadatu et Ana / Anaita.

Ce territoire m’apparaît coïncider avec celui du Bit-Adini. Cette dernière dénomination est celle des Assyriens à partir du règne d’Assurnasirpal II.

Après les conquêtes de Thoutmosis III et la demande d’un fils à Suppiluliama par une reine d’Égypte, l’appellation de « pays d’Égypte » pour la région située au coude sud-ouest de l’Euphrate a été usitée pendant environ 500 ans.

 

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