Les villes du Balih

Les archives de Mari mentionnent des villes le long d’une rivière appelé Balih. Il est maintenant admis qu’il s’agit de la rivière syrienne Balikh, affluent de l’Euphrate. Ce toponyme aide à la localisation des cités de l’âge du bronze. Voici des extraits de textes qui le montrent :

  • A.2 de Sumhu-rabi : « J’ai fait renforcer par les gens de Der et les serviteurs du palais la source du temple du Balih » ;
  • A.250 du même Sumhu-rabi : « On avait fermé l’eau pour la faire aller à Der. […] J’ai écrit aux diverses localités que j’avais interrompu l’eau pendant la nuit, à Appan, Humsan et Sehrum » ;
  • XXVI 171 : « Les plantations agricoles de Mislan s’étendent jusqu’aux portes d’Appan » ;
  • VI 3 : « L’oued de Der et celui de Mislan sont arrivés en un seul jour » ;
  • A.1487+4188 situe Serda en amont de Tuttul : « Donnez en totalité les eaux du Balih à Tuttul pour qu’on y cultive une vaste emblavure. A Serda, le territoire est exigu et éloigné […] Au lieu de Serda, on doit cultiver les champs de la campagne de Tuttul » ;
  • A.56 : « Tous les Benjaminites ont levé la torche : depuis Samanum jusqu’à Ilum-muluk, d’Ilum-muluk jusqu’à Mislan ».

Et puis l’itinéraire d’Urbana montre qu’une partie s’effectue le long du Balikh, de l’aval vers l’amont : Tuttul, Ahuna, Zalpah et Apqum du Balih.

Aussi l’ensemble des villes mentionnées ci-dessus sont le long du Balikh, qui a fait l’objet d’alimentation de canaux (avec un doute sur le toponyme Der qui n’est pas toujours celui des sources du Balih). Probablement que son cours en a été modifié, et a fortement varié en volume d’eaux avec le temps.
Aussi l’analyse est assez complexe :

  • Aujourd’hui, ce qui s’appelle Balikh est la partie syrienne qui prend sa source à Ain al-Arous près de Tell Abyad ;
  • Les eaux qui proviennent de la Turquie, notamment de la plaine de Harran et de Sanliurfa ont d’autres noms : Jullab, Qaramagh, Wadi al-Kheder. Ce sont plutôt des oueds qui peinent à s’écouler plus au sud. Mais en était-il de même au 2e millénaire avant notre ère ?

L’étude ci-dessous concerne surtout la partie syrienne. Elle laisse aussi le doute sur la configuration de la rivière durant l’antiquité :
https://oi.uchicago.edu/sites/oi.uchicago.edu/files/uploads/shared/docs/ar/91-00/95-96/95-96_BalikhValley.pdf

Dans ce blog, toujours sur la base des archives de Mari, il est considéré que :

  • L’oued de Der est plutôt situé dans l’actuelle Turquie, il provient de la plaine de Harran.
  • L’oued de Mislan s’appelle Haqqat (VI 2) et provient d’une cité qui s’appelle Hubur qui a troublé les premiers traducteurs des textes car l’orthographe y est très proche de « Habur » qui représente la rivière qui est plus à l’orient. Le texte XIV 13 évoque d’ailleurs d’une part une barrière-muballitum de Hubur et la rivière Habur : « Le Habur, tout comme le canal Isim-Yadun-Lim et le canal de Hubur, font partie de notre système d’irrigation » […] « J’ai 6 barrières-muballitum à contrôler » […] « Ces travaux sont considérables et excèdent mes moyens. Il me faudrait 200 hommes pour que je puisse renforcer les points faibles du Habur ». Il semble qu’un même homme était responsable de tous les canaux des bassins du Balikh et du Khabour.

Dans les « Toponymes paléo-babyloniens de la Haute-Mésopotamie », Nele Ziegler et Anne-Isabelle Langlois positionnent Samanum à Al-Mayadin le long de l’Euphrate sur la base du texte A.2924 inédit qui situe cette cité à une journée de marche de Dur-Yahdun-Lim.
Dans ce blog, les durées de marches ne sont que des indications, car il est prouvé que, dans l’antiquité, le nombre de kilomètres parcourus pouvait être variable : une armée en déplacement allait beaucoup moins vite que les commerçants transportant leur marchandise à dos d’ânes et que les messagers qui disposaient déjà de montures rapides.
Dans ce blog, Samanum est proposé non loin d’Ahuna sur la base du texte A.1146 rédigé par Hammi-istamar, scheik de Samanum qui y a écrit : « Au milieu d’Ahuna, à dix reprises, j’ai réussi à me sortir d’une émeute ». Et puis XXIII 428 montre que ce chef Uprapéen contrôlait aussi Raqqum, Rasayum et Ilum-muluk.

Dans la littérature néo-assyrienne, des cités du Balih sont mentionnées dans les annales de Salmanazer III, gérées par un dénommé Giammu : Til-mâr-ahi ou Til-sha-mâr-ahi et Kitlala.

 

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