Le pays de Numhâ

Voici un extrait d’une tablette de Tell Leilan qui donne une bonne vue de la position géographique du pays appelé Numha vers la première moitié du deuxième millénaire avant notre ère : « Dans le pays qui est situé derrière la montagne, ils ont commencé à kidnapper les citoyens des villes, les Numhéens, mais aussi tous les hommes (d’autres nationalités) qui y habitent. Un homme d’Allahad s’est échappé et m’a dit ceci : « Les brigands reviennent après avoir passé la rivière, et dans le pays de Jassan ont rejoint Azuhinum ». Je vais essayer d’avoir d’autres informations sur ces troupes pour les communiquer à mon père. Pour ici, qu’en est-il du renfort de 100 soldats que j’ai demandé à mon père ? Si vous, Astamar-Adad et Sepallu aviez envoyé des troupes demandées, elles se seraient mises aux frontières de ton pays, dans le district que je suis chargé de garder ; depuis les crêtes du mont Saggar tout le long du pays de Jassan. Ici est-ce ta ville ou n’est-ce pas ta ville ? »
On peut en conclure que les Numhéens habitaient à l’Est d’Azuhinum, après le pays de Jassan, Yussan ou Hassan, donc vers les montagnes du Zagros et non pas vers le Sindjar. Cependant le consensus des historiens n’est pas celui-là : aujourd’hui, le 22 septembre 2021, la majorité des chercheurs positionne le pays de Numha de la 1ère partie du 2e millénaire avant J-C à l’ouest du Tigre sur la base de textes des archives de Mari qui donnent des durées de déplacement courtes, notamment entre Kurda, la capitale du Numha, et Andarig, la capitale du Yamutbal.
Dans les archives d’Ebla, un toponyme « NE.ma » peut correspondre à ce nom de région. Ce blog considère que le pays de Numhâ des archives de Mari, orthographié Numahum dans celles de Subat-Enlil, Namarum dans les celles de Susarra, est celui qui fut successivement appelé Namar (sous Nabuchodonosor Ier, au 12e siècle avant notre ère), puis Namri et enfin Nammiri du temps des Néo-Assyriens. Il intégrait probablement tout ou partie du pays des Lulubi et celui qui sera plus tard celui des Mèdes.
Voici ce qu’a écrit Gaston Maspero au sujet de cette région : « Depuis longtemps, les peuples de la Mésopotamie entretenaient des relations suivies avec ceux de la Médie. Trois routes les menaient de la vallée du Tigre moyen au plateau de l’Irân : l’une, la plus employée, franchissait le grand Zab et débouchait dans le bassin du lac d’Ouroumiyèh, par le col de Kélishin ; l’autre conduisait à travers la passe de Bannèh jusqu’à l’Ecbatane du Nord ; une troisième enfin remontait le petit Zab. Par les trois, les caravanes apportaient à Ninive les produits de l’Asie centrale, l’or, le fer et le cuivre, les étoffes, les pierres précieuses, la cornaline, l’agate, le lapis-lazuli, quelquefois enfin des animaux curieux, l’éléphant, le rhinocéros et le chameau à deux bosses de la Transoxiane. Aussi la plupart des rois ninivites avaient-ils voulu posséder le district de Namri, auquel elles aboutissaient. Ils s’y heurtèrent à des tribus guerrières, analogues pour les mœurs et pour l’audace à ces Kurdes d’aujourd’hui, sur lesquels leurs soi-disant maîtres turcs ou persans n’exercent qu’une primauté des plus contestées. Vers le sud, aux confins de l’Édam et de la Susiane, l’élément araméen dominait encore : là étaient le pays d’Oumliyash avec sa capitale Bît-Ishtar, les cantons de Bît-Sangibuti, de Bît-Kapsi, les villes de Girgira, d’Akhsibuna et vingt autres dont les noms trahissent l’origine. En seconde ligne, mais toujours sur la frontière élamite, les peuples d’Ellibi se déployaient du nord-ouest au sud-est. Les vallées profondes et boisées, que se creusent les affluents du Tigre et de l’Oulaï, leur offraient des retraites où les chars et les fantassins lourdement armés de l’Assyrie avaient peine à les atteindre : on parvenait encore à les battre, mais tous les conquérants du monde antique, les Perses, les Macédoniens, les Parthes s’efforcèrent en vain de les asservir. Au nord de ces barbares, mais au sud du Zab inférieur, le Namri, puis, au nord-est, le Parsoua, complétaient la barrière vivante qui séparait Ninive du plateau central. »
http://www.livresetcollections.com/details_livres.php?id=11510
Selon Maspéro, donc, à la frontière actuelle entre l’Irak et l’Iran se trouvaient trois régions, du sud au nord, l’Oumliyash entre l’Ouknou et le Tigre, le pays d’Ellipi et enfin le Namri accessible d’Irak par trois cols. A son époque le consensus était plutôt celui-là, en phase avec ce blog.
Les villes du Numha les plus connues des archives de Mari sont : Kurda, Kasapa, Hamadanum, Burallum, Zurra et Karana un certain temps. Simma’ila-hanêm est un grand roi de Kurda connu des archives de Mari pour avoir fait un voyage vers les bords de l’Euphrate : une extrême attention et les plus grands égards ont été pris pour sa venue.

Environ mille ans plus tard, les rois néo-assyriens mentionnent en Namri les villes de Bit-Sangibuti, Bit-Hamban, Sumurzu, Barrua, Bit-Zualzash, Bit-Matti, Bit-Kapsi, Harhar (appelée ensuite Kar-Sharrukin), Kishesim et Ellipi.
Les rapprochements entre les deux époques sont les suivants :

Ces rapprochements ne peuvent pas être un hasard. Durant la première moitié du 2e millénaire, probablement à son apogée, le pays de Numha s’étendait de part et d’autre de l’actuelle frontière entre l’Irak et l’Iran et englobait, probablement, une partie du territoire des Lulubi. Les courriers n’évoquent ces derniers que comme un peuple. Et puis IV 85+ des archives de Mari rapporte une victoire d’Eshnunna sur les Lullu.
Il est possible que le nom de ce pays provienne de celui d’une des plus hautes montagnes au sud de Hamedan : Le Gandj Namah.

 

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