Les tablettes paléo-assyriennes du Musée d’Adana ont-elles été trouvées à Mamma ?

Dans « A Kültepe Text from the Museum at Adana » Veysel Donbaz nous apprend qu’il existe un lot de 25 tablettes dans le musée d’Adana réputées avoir été trouvées à Maymun Suyu (Toprakkale) près d’Adana, en 1932, c’est à dire avant les nombreux écrits de Kültepe (Kanès). Maymumsuyu est près d’un affluent du Ceyhan (Karasu Cayi) et le long de l’axe est-ouest qui traverse les anciens monts Amanus. Bien que Donbaz et d’autres chercheurs considèrent que les tablettes sont plutôt issues de fouilles clandestines de Kültépé, le nom de l’hypothétique lieu de trouvaille retient l’attention de par sa proximité phonétique avec Mamma. Cécile Michel a effectué un relevé des tablettes éditées issues de cette archive.
Dans « Letter of king Anum-Hirbi of Mama to king Warshama of Kanish » Kemal Balkan dresse les critères de localisation de Mamma :

  • Les lettres du roi Anum-Hirbi de Mama (trouvées à Kültepe) montrent que le royaume de Mamma avait une frontière commune avec celui de Kanès ;
  • Lorsque le chemin de Hahhum était trop risqué, c’était celui de Mamma et Ursu qui était utilisé ;
  • Entre Mamma et Ursu se trouvait une montagne : certaines tablettes décrivent des caravanes venant d’Assur à destination de Mamma bloquées à Ursu du fait de la neige.

Le présent article se base sur cinq textes du Musée d’Adana que j’ai réussi à obtenir. Toutes ces tablettes sont référencées « 237 » suivi d’une lettre, quatre sont plus significatives :

  • Kemal Balkan évoque, dans le même ouvrage référencé ci-dessus, la tablette 237Ö. C’est un ordre d’arrêt de 3 hommes en voyage. S’ils sont à Mamma alors Sill-Adad doit les attraper. Et on comprend que Sil-Adad est un résident de la ville de Mamma. Un lien direct est ici fait entre le lieu probable de la trouvaille et les écrits. Par ailleurs on connaît la tablette TC3,84 de Kanès, qui évoque le père de Sill-Adad, Misar-rabi, et Silli-Adad en tant que conducteur d’un contrat-naruqqum. Et puis Amur-Ishtar, autre conducteur d’un contrat-naruqqum, avait un père qui s’appelait aussi Misar-rabi, c’était probablement le même homme ;
  • Le texte 237A est mentionné par Mogens Trolle Larsen dans « The Old Assyrian City-state and its colonies » : il s’agit d’un verdict du karum de Saladuwar qui demande à un homme de payer une dette ou d’aller à Kanes dans les deux mois en vue d’effectuer des négociations finales. Dans ce blog, Saladuwar est positionné non loin de Maymun Suyu ;
  • 237B est la seule éditée par Veysel Donbaz en 1984. Il s’agit d’une plainte de Hurasanum à l’encontre de Assur-Samsi, Assur-Imitti, Ennam-Anum, Bazuta. Ili-bani est aussi mentionné. Assur-imitti est probablement celui qui, par ailleurs, est qualifié de malahum, c’est à dire nautonier. Ili-bani apparaît souvent avec lui, ce dernier est fils de Assur-Samsi. Hurasanum est un conducteur de contrat-naruqqum avec un entrepôt à Wahsusana ;
  • Enfin, dans « Correspondance des marchands de Kanish », Cécile Michel a édité la tablette 237D. Il s’agit de la recherche d’un conducteur d’un contrat-naruqqum : les deux fils de Laqepum, Assur-malik et Assur-Samsi y sont évoqués comme deux candidats potentiels : « Les fils de Laqepum, les deux ainés, sont capables de conduire un contrat-naruqqum ! Ne les lâche pas ! Ici, Assur-Samsi m’avait promis de conduire le contrat-naruqqum et ainsi le sac-naruqqum devait entrer dans notre firme ».

Dans son ouvrage, Cécile Michel observe que très peu de textes évoquant les contrats naruqqum ont été retrouvés dans les ruines de Kültépé : ils proviennent de différents musées qui les avaient déjà avant l’exhumation des nombreuses tablettes de Kanès. Les contrats naruqqum étaient surtout mis au point par les bailleurs de fonds d’Assur. Elle les décrit comme étant fondés sur le principe d’une société en commandite. Et le sac-naruqqum serait une besace en cuir.
J’y vois une probable embarcation circulaire en bois et en cuir similaire à ce qui a été retrouvé dans un site de Chypre, à Vounous Bellapais, en mesure de naviguer en mer en étant tirée par une galère. La peau tannée devait assurer l’étanchéité. Elle constituait la couche extérieure du bateau.

Il faut remarquer que le moyen de transport accueillait aussi bien les marchandises que les humains et les animaux, notamment des ânes pour convoyer les lots une fois ceux-ci débarqués. Probablement qu’une même galère pouvait tracter plusieurs embarcations de ce type, formant ainsi un train avec des wagons (ereqatim). Ce qui confirme que Mamma était alors un port.
http://www.marine-antique.net/Panier-cargo-assyrien-1
https://www.persee.fr/doc/cchyp_0761-8271_2011_num_41_1_1108

Dans « The Assur-nada Archive », Morgens Trolle Larsen décrit plusieurs générations de conducteurs de contrat-naruqqum, avec de nombreux courriers du père de famille, Assur-idi, qui, sans cesse, demande que lui soit retourné de l’argent.
Probablement que le paiement du transport maritime s’effectuait comptant. Les fils devant retourner une bonne part des revenus à leur père habitant d’Assur.
Assur-nada apparaît aussi avoir une résidence à Nihiriya (KTS 1,12), à Ursu (ATHE 37) et à Mamma (KTH1). Il a des relations fréquentes avec Amur-Ishtar, Assur-Samsi et Laqepum.
Les tablettes d’Adana correspondent probablement aux archives d’un grand voyageur dont la ville d’attache était Mamma, premier port ouvert sur la Mer Méditerranée en venant d’Assur par Ursu.
Dans « The Old Assyrian City-state and its Colonies » Mogens Trolle Larsen s’étonne d’une taxe spécifique appelée « Saddu’utum », très élevée, perçue par le karum de Kanès sur les marchandises de Mamma, Salatuwar, Wahsusana, Kussara et Burushattum. Il faut vraisemblablement y voir l’explication suivante : les marchandises ne transitaient pas par Kanès, mais était acheminées jusqu’à Mamma ou Hahha, puis elles étaient transportées par un sac-naruqqum par voie maritime.
Le site exact de Mamma reste à être trouvé : Tatarli Höyük se trouve tout près de Maymun Suyu. De nombreux autres vestiges existent dans cette zone restreinte. Et puis il est probable que le pays de Mamma était la pré-histoire du Kizzuwatna. Jared L. Miller dans « Anum-Hirbi and his Kingdom » reprend toutes les sources anciennes (Mari, Néo-assyrie, Bogazkoy et Alalakh) qui évoquent ce roi de Mamma et l’étendue de son territoire. Ce dernier comprenait notamment une partie ouest du haut Euphrate, avec Hassu et Ursu.
https://www.aa.com.tr/tr/kultur-sanat/tatarli-hoyukte-12-donem-kazilari-basladi/1492886
https://www.hurriyet.com.tr/yerel-haberler/adana/merkez/tatarli-hoyuk-kazilarinin-2019-yili-calismalari-41230601
https://www.gunaydingazetesi.com.tr/tatarli-hoyuk-adana-nin-tanitimi-icin-cok-kiymetli/92045/
Ce tell, Tatarly Höyük, dont les fouilles sont en cours, apparaît extrêmement prometteur. Il constitue une des plus grandes villes de l’époque du Kizzuwatna. La cité existait dès le début de l’âge du bronze et a été active sur la totalité de cette période ainsi que durant l’âge du fer et les époques grecques et romaines.
Mon avis est que cette ancienne cité est probablement « Mamma » de l’époque paléo-assyrienne, puis Kummanni sous les Hittites, avant de devenir la capitale du Kizzuwatna puis la classique Comana en Cappadoce.

Mes notes de vraisemblance :
Mamma des textes paléo-assyriens étaient située près de Maymun Suyu, probablement au Tatarli Höyük : 3/5
Kammani, la capitale du Kizzuwatna, était au Tatarli Höyük : 3/5
Comana en Cappadoce était au Tatarli Höyük : 3/5

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